Document du Mouvement Humaniste. 

Les humanistes, femmes et hommes de ce siècle, de notre époque, reconnaissent les antécédents de l’Humanisme historique. Ils s’inspirent des apports des différentes cultures et pas uniquement de celles qui, actuellement, occupent une place centrale. Ce sont, de plus, des hommes et des femmes qui laissent derrière eux ce siècle et ce millénaire, pour se projeter vers un monde nouveau.

Les humanistes sentent que leur histoire est très longue et que leur futur l’est bien plus encore. Ils réfléchissent sur l’avenir, en luttant pour surmonter la crise générale présente. Ils sont optimistes et croient dans la liberté et le progrès social.

Les humanistes sont internationalistes et aspirent à une nation humaine universelle. Ils comprennent de façon globale le monde dans lequel ils vivent et agissent sur leur milieu immédiat. Ils n’aspirent pas à un monde uniforme mais multiple : multiple par ses ethnies, ses langues et coutumes ; multiple par ses localités, régions et provinces autonomes ; multiple par ses idées et ses aspirations ; multiple par ses croyances, son athéisme et sa religiosité ; multiple dans ses formes de travail ; multiple dans la créativité.

Les humanistes ne veulent pas de maîtres ; ils ne veulent ni dirigeants ni chefs, et ne se sentent ni représentants ni chefs de quiconque. Les humanistes ne veulent pas d’un Etat centralisé ni d’un Para-Etat le remplaçant. Les humanistes ne veulent pas d’armée qui joue le rôle de police ni de bandes armées qui s’y substituent.

Mais entre les aspirations humanistes et les réalités du monde d’aujourd’hui, un mur s’est dressé. Le moment est donc venu de l’abattre. Pour cela, l’union de tous les humanistes du monde est nécessaire.

I. Le capital mondial.

Voici la grande vérité universelle : l’argent est tout. L’argent est gouvernement, loi, pouvoir. Il est fondamentalement subsistance. Mais en plus, il est l’Art, la Philosophie et la Religion. Rien ne se fait sans argent ; on ne peut rien sans argent. Il n’y a pas de relations personnelles sans argent. Il n’y a pas d’intimité sans argent et même le choix de la solitude en dépend.

Mais la relation avec cette “vérité universelle” est contradictoire : la majorité des gens ne veulent pas de cet état de fait. Ainsi, sommes-nous face à la tyrannie de l’argent. Une tyrannie qui n’est pas abstraite car elle a un nom, des représentants, des exécutants et des procédés indubitables.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’économies féodales ni d’industries nationales, ni même d’intérêts de groupements régionaux. Aujourd’hui il s’agit, pour ces survivants historiques, d’accommoder leurs biens aux impératifs du capital financier international. Un capital spéculateur qui se concentre mondialement de façon progressive. Même l’Etat national a besoin de crédits et d’emprunts pour survivre. Tous mendient l’investissement et fournissent des garanties pour que la banque assume les décisions finales. Le temps où les entreprises elles-mêmes, ainsi que les campagnes et les villes, deviendront la propriété incontestable de la banque va bientôt arriver. De même qu’arrivera le temps du Para-Etat, temps où l’ancien ordre sera anéanti.

Parallèlement, l’ancienne solidarité disparaît. En définitive, il s’agit de la désintégration du tissu social et de l’apparition, malgré la pénurie générale, de la déconnexion et l’indifférence entre des millions d’êtres humains. Le grand capital domine non seulement l’objectivité par le contrôle des moyens de production, mais aussi la subjectivité par le contrôle des moyens de communication et d’information. Dans ces conditions, le grand capital peut disposer, à son gré, des ressources matérielles et sociales, dégradant la nature irrémédiablement et écartant progressivement l’être humain. Pour cela, il dispose de technologies suffisantes. Et de même qu’il a vidé de sens les entreprises et les Etats, il en vide aussi la Science, la transformant en technologie produisant la misère, la destruction et le chômage.

Les humanistes n’ont pas besoin de beaucoup d’arguments pour étayer le fait qu’aujourd’hui le monde dispose de conditions technologiques suffisantes pour résoudre, en peu de temps, les problèmes touchant de vastes régions, à savoir : le plein emploi, l’alimentation, la salubrité, le logement et l’instruction. Si rien n’est fait dans ce sens, c’est tout simplement que la spéculation monstrueuse du grand capital l’en empêche.

Le grand capital, ayant épuisé l’étape de l’économie de marché commence à imposer sa discipline à la société pour affronter le chaos que lui-même a produit. Face à une pareille irrationalité, ce ne sont pas les voix de la raison qui se lèvent dialectiquement mais plutôt les plus obscurs racismes, fondamentalismes et fanatismes. Et si ce néo-irrationalisme vient à diriger des régions et des collectivités, la marge d’action des forces progressistes s’amenuisera de jour en jour. Par ailleurs, des millions de travailleurs ont déjà pris conscience aussi bien des irréalités du centralisme étatique que de l’hypocrisie de la démocratie capitaliste. Ainsi, les ouvriers se dressent contre leurs dirigeants syndicaux corrompus, tout comme les peuples remettent en question leurs partis politiques et leurs gouvernements. Mais il faut donner une orientation à ces phénomènes qui, autrement, s’enliseront dans des actes spontanés sans aucune continuité. Il faut débattre au sein du peuple des thèmes fondamentaux concernant les facteurs de production.

Selon les humanistes, les facteurs de production sont le travail et le capital. La spéculation et l’usure sont en trop. Dans la situation actuelle, les humanistes luttent pour que la relation absurde qui a existé entre ces deux facteurs soit totalement transformée. Jusqu’à ce jour, on a imposé que le profit revienne au capital et le salaire au travailleur, justifiant un pareil déséquilibre par le “risque” assumé par l’investissement... comme si chaque travailleur ne mettait pas en jeu son présent et son avenir soumis aux aléas du chômage et de la crise ! Mais la gestion et le pouvoir de décision à l’intérieur de l’entreprise sont également en jeu : le profit non destiné au réinvestissement dans l’entreprise, non destiné à son expansion ou à sa diversification, dérive vers la spéculation financière. Le profit qui ne crée pas de nouvelles sources d’emploi dérive aussi vers la spéculation financière. Par conséquent, les travailleurs doivent orienter leur lutte pour obliger le capital à un rendement productif maximum. Mais ceci ne pourra pas se réaliser sans le partage de la gestion et de la direction. Comment éviter autrement les licenciements massifs, la fermeture et le vide généré dans les entreprises ? Car le préjudice majeur réside dans le sous-investissement, la faillite frauduleuse, l’endettement forcé et la fuite des capitaux, et non pas dans les bénéfices résultant de l’augmentation de la productivité. Et si on insistait pour que les travailleurs confisquent les moyens de production suivant les enseignements du XIXe siècle, il faudrait alors tenir compte du récent échec du socialisme réel.

Quant à l’objection : “encadrer le capital, comme est encadré le travail, produit sa fuite vers des lieux et des zones plus profitables”, on peut répondre : ceci ne se produira plus très longtemps, puisque l’irrationalité du schéma actuel mène ce capital à sa saturation et à la crise mondiale. Cette objection, outre sa totale immoralité, ignore le processus historique du transfert du capital vers la banque. Par ce transfert, le chef d’entreprise lui-même devient un employé sans pouvoir de décision, à l’intérieur d’un circuit dont l’autonomie n’est qu’apparente. Par ailleurs, au fur et à mesure que la récession s’accentuera, les chefs d’entreprises commenceront eux aussi à prendre en considération ces différents éléments.

Les humanistes ressentent la nécessité d’agir non seulement dans le domaine du travail, mais aussi dans le domaine politique pour empêcher que l’Etat ne soit un instrument du capital financier mondial et pour obtenir que la relation entre les facteurs de production soit juste et pour rendre à la société son autonomie accaparée.

II. Démocratie formelle et démocratie réelle.

L’édifice de la démocratie s’est gravement délabré lorsque ses bases principales se sont brisées : indépendance entre les pouvoirs, représentativité et respect des minorités. L’indépendance théorique entre les pouvoirs est un contresens. Il suffit de rechercher dans la pratique l’origine et la composition de chacun d’eux pour démontrer les relations intimes qui les unissent. Il ne pourrait en être autrement. Tous font partie d’un même système. De sorte que les crises fréquentes (empiétement des pouvoirs, superposition de fonctions, corruption et irrégularités) correspondent à la situation globale, économique et politique d’un pays donné.

A propos de la représentativité, depuis l’époque de l’extension du suffrage universel, on pensait qu’il n’existait qu’un seul acte entre l’élection et la fin du mandat des représentants du peuple. Mais à mesure que le temps passait, on a vu clairement qu’il existe un premier acte par lequel un grand nombre élit un petit nombre, et un deuxième acte par lequel ce petit nombre trahit le grand nombre, en représentant des intérêts étrangers au mandat reçu. Déjà, ce mal couve dans les partis politiques réduits à des coupoles de dirigeants, coupées des besoins du peuple. Déjà, dans la machinerie des partis, les grands intérêts financent les candidats et leur dictent la politique à suivre. Tout ceci met en évidence une crise profonde dans le concept et la mise en pratique de la représentativité.

Les humanistes luttent pour transformer la pratique de la représentativité en donnant la plus grande importance à la consultation populaire, le plébiscite et l’élection directe des candidats. Car il existe toujours, dans de nombreux pays, des lois qui assujettissent les candidats indépendants à des partis politiques, de même qu’il existe des subterfuges et des contraintes financières qui les empêchent de se présenter devant la volonté du peuple. Toute Constitution ou loi qui s’oppose à la pleine capacité du citoyen d’élire et d’être élu, se moque des fondements mêmes de la démocratie réelle qui est au-dessus de toute loi juridique. Et si l’on parle d’égalité des chances, les moyens de diffusion doivent se mettre au service de la population lors de la période électorale pendant laquelle les candidats exposent leurs propositions, en accordant à tous exactement les mêmes opportunités. Par ailleurs, on doit imposer des lois de responsabilité politique par lesquelles celui qui n’accomplit pas les promesses faites à ses électeurs risque la révocation, la destitution ou le jugement politique. Car l’expédient, pratiqué actuellement, par lequel les individus ou partis qui ne tiennent pas leurs engagements sont sanctionnés par les urnes lors du prochain scrutin, n’interrompt en rien le deuxième acte de trahison des électeurs. Il existe de plus en plus de moyens technologiques pour mettre en œuvre la consultation directe sur les sujets d’urgence. Il n’est pas question de privilégier les sondages ni les enquêtes manipulées mais de faciliter la participation et le vote direct grâce aux moyens électroniques et informatiques de pointe.

Dans une démocratie réelle, on doit donner aux minorités les garanties que mérite leur représentativité mais on doit également favoriser toute mesure qui facilite, dans la pratique, leur insertion et leur développement. Aujourd’hui, les minorités harcelées par la xénophobie et la discrimination demandent anxieusement à être reconnues et, dans ce sens, il est de la responsabilité des humanistes d’élever cette question au niveau des discussions les plus importantes, en prenant partout la tête de la lutte jusqu’à vaincre les néo-fascismes avoués ou dissimulés. En définitive, lutter pour les droits des minorités, c’est lutter pour les droits de tous les êtres humains.

Mais il arrive aussi que dans l’ensemble d’un pays, des provinces entières, des régions ou des provinces autonomes subissent la même discrimination par la contrainte qu’exerce l’Etat centralisé, aujourd’hui instrument insensible dans les mains du grand capital. Ceci devra cesser par la mise en place d’une organisation fédérative dans laquelle le pouvoir politique réel reviendra aux mains des dites entités historiques et culturelles.

En définitive, mettre en avant les thèmes du capital et du travail, les thèmes de la démocratie réelle et les objectifs de la décentralisation de l’appareil d’état, c’est acheminer la lutte politique vers la création d’un nouveau type de société : une société flexible et en changement constant, en accord avec les nécessités dynamiques des peuples, aujourd’hui asphyxiés par la dépendance.

III. La position humaniste.

L’action des humanistes ne s’inspire pas de théories fantaisistes autour de Dieu, de la Nature, de la Société ou de l’Histoire : elle s’inspire des nécessités vitales qui consistent à écarter la douleur et à s’approcher du plaisir. Mais la vie humaine intègre à ces nécessités la préparation du futur en se fondant sur l’expérience passée et sur l’intention d’améliorer la situation présente. Son expérience n’est pas le simple produit de sélections ou d’accumulations naturelles et physiologiques – comme c’est le cas dans toutes les autres espèces – elle est aussi expérience sociale et expérience personnelle, lancées pour dépasser la douleur actuelle et l’éviter dans l’avenir. Son travail, de productions sociales accumulées, se transmet et se transforme de génération en génération, en une lutte continue pour améliorer les conditions naturelles, y compris celles de son propre corps. C’est pourquoi on doit définir l’être humain comme historique et disposant d’un mode d’action sociale capable de transformer le monde et sa propre nature. Et chaque fois qu’un individu ou un groupe humain s’impose à d’autres par la violence, il parvient à arrêter l’Histoire en transformant ses victimes en objets “naturels”. La nature n’ayant pas d’intentions, lorsque l’on nie la liberté et les intentions des autres, on les transforme en objets naturels, en objets d’utilisation.

Le progrès de l’humanité, en lente ascension, requiert la transformation de la nature et de la société en éliminant la violente appropriation animale de certains êtres humains par d’autres. Quand cela arrivera, on passera de la préhistoire à une histoire pleinement humaine. En attendant, on ne peut partir d’une autre valeur centrale que de celle de l’être humain, entier dans ses réalisations et dans sa liberté. C’est pourquoi, les humanistes proclament : “Rien au-dessus de l’être humain et aucun être humain au-dessous d’un autre.” Si on pose comme valeur centrale : Dieu, l’Etat, l’Argent ou toute autre entité, on subordonne l’être humain en créant des conditions pour son contrôle et son sacrifice ultérieurs. Pour les humanistes, ce point est évident. Les humanistes sont athées ou croyants, mais ne partent pas de leur athéisme ou de leur foi pour fonder leur vision du monde et leur action ; ils partent de l’être humain et de ses nécessités immédiates. Et si dans leur lutte pour un monde meilleur, ils croient découvrir une intention qui fait avancer l’Histoire dans une direction qui progresse, ils mettent cette foi ou cette découverte au service de l’être humain.

Les humanistes posent le problème de fond : savoir si l’on veut vivre, et décider dans quelles conditions le faire.

Toutes les formes de violence physique, économique, raciale, religieuse, sexuelle et idéologique, par lesquelles le progrès humain a été entravé, répugnent les humanistes. Toute forme de discrimination, manifeste ou larvée, est une raison de dénonciation pour les humanistes.

Les humanistes ne sont pas violents mais, par dessus tout, ils ne sont pas lâches et ne craignent pas d’affronter la violence car leur action a un sens. Les humanistes relient leur vie personnelle et leur vie sociale. Ils ne posent pas de fausses antinomies et c’est en cela que réside leur cohérence.

Ainsi est tracée la ligne de séparation entre l’Humanisme et l’Antihumanisme. L’Humanisme met en avant la question du travail face au grand capital ; la question de la démocratie réelle face à la démocratie formelle ; la question de la décentralisation face à la centralisation ; la question de l’antidiscrimination face à la discrimination ; la question de la liberté face à l’oppression ; la question du sens de la vie face à la résignation, la complicité et l’absurde.

Parce que l’Humanisme se fonde sur la liberté de choix, il possède la seule éthique valable aujourd’hui. De même, parce qu’il croit dans l’intention et la liberté, il distingue l’erreur de la mauvaise foi, il distingue celui qui se trompe du traître.

IV. De l’humanisme naïf à l’humanisme conscient.

C’est à la base sociale – dans les lieux de travail et d’habitation des travailleurs – que l’Humanisme doit transformer la simple protestation en force consciente, orientée vers la transformation des structures économiques.

Quant aux membres combatifs des organisations syndicales et aux membres des partis politiques progressistes, leur lutte deviendra cohérente quand ils tendront à transformer les instances dirigeantes des organisations dont ils font partie, en donnant à leurs collectivités une orientation qui mettra à la première place – avant même les revendications à caractère immédiat – les questions de fond que propose l’Humanisme.

Un très grand nombre d’étudiants et d’enseignants, habituellement sensibles à l’injustice, rendront plus consciente leur volonté de changement dans la mesure où la crise générale du système les touchera. Et bien sûr, les gens de la presse, en contact avec la tragédie quotidienne, sont en mesure aujourd’hui d’agir dans une direction humaniste, de même qu’un certain nombre d’intellectuels dont la production se veut en contradiction avec les règles que fait valoir ce système inhumain.

Nombreuses sont les positions qui, ayant pour base la souffrance humaine, invitent à une action désintéressée en faveur des démunis ou des discriminés. Parfois, des associations, des groupes volontaires et des couches importantes de la population se mobilisent faisant ainsi un apport positif. Assurément, une part de leur contribution consiste à dénoncer ces problèmes. Cependant, ces groupes ne fondent pas leur action sur la transformation des structures responsables de ces maux. Ces positions s’inscrivent davantage dans l’Humanitarisme que dans l’Humanisme conscient. On trouve en elles, des protestations et des actions ponctuelles susceptibles d’être approfondies et étendues.

V. Le camp antihumaniste.

A mesure que les forces mobilisées par le grand capital asphyxient les peuples, des positions incohérentes surgissent et se renforcent en exploitant cette souffrance, en la canalisant vers de faux coupables. A la base de ces néo-fascismes, se trouve une profonde négation des valeurs humaines. De même, dans certains courants écologistes déviés, la nature passe avant l’homme. Ils ne prêchent plus que le désastre écologique est catastrophique parce qu’il met en danger l’humanité, mais parce que l’être humain a attenté à la nature. Selon certains de ces courants, l’être humain est pollué, et par là même il contamine la nature. Il serait préférable pour eux que la médecine n’eusse pas connu de succès dans le combat contre les maladies et dans l’allongement de la durée de la vie. “La Terre d’abord” crient-ils avec hystérie, nous rappelant les proclamations du nazisme. De là, à discriminer des cultures qui polluent, des étrangers qui salissent, il n’y a qu’un pas. Ces courants s’inscrivent aussi dans l’Antihumanisme, car au fond ils méprisent l’être humain. Leurs mentors se méprisent eux-mêmes, en reflétant les tendances nihilistes et suicidaires à la mode.

Une partie importante de gens réceptifs adhèrent aussi à l’écologisme, car ils comprennent la gravité du problème que celui-ci dénonce. Mais si cet écologisme prend le caractère humaniste qui lui correspond, il orientera la lutte contre les promoteurs de la catastrophe, à savoir : le grand capital et la chaîne d’industries et entreprises destructrices, parents proches du complexe militaro-industriel. Avant de se préoccuper des phoques, cet écologisme devrait s’occuper de la faim, de la concentration urbaine, de la mortalité infantile, des maladies, du déficit sanitaire et du manque de logement existant dans de nombreuses parties du monde. Et il mettra l’accent sur le chômage, l’exploitation, le racisme, la discrimination et l’intolérance dans ce monde technologiquement avancé. Un monde qui, d’autre part, est en train de créer des déséquilibres écologiques au nom de sa croissance irrationnelle.

Il n’est pas nécessaire de trop s’étendre sur des considérations concernant les diverses droites, instruments politiques de l’Antihumanisme. Leur mauvaise foi atteint de tels niveaux que, périodiquement, elles se proclament comme représentantes de “l’Humanisme”. Dans le même esprit, la ruse cléricale, qui a prétendu théoriser sur la base d’un ridicule “Humanisme Théocentrique” (?), n’a pas manqué de se produire. Ces gens qui ont inventé les guerres de religions et les inquisitions, ces gens qui ont été les bourreaux des pères historiques de l’humanisme occidental, se sont approprié les vertus de leurs victimes allant même jusqu’à “pardonner les déviations” de ces humanistes de l’histoire. La mauvaise foi et le banditisme dans l’appropriation des mots sont énormes au point que les représentants de l’Antihumanisme ont tenté de se couvrir du nom “d’humanistes”.

Il serait impossible de dresser l’inventaire des moyens, des instruments, des formes et expressions dont dispose l’Antihumanisme. En tous cas, jeter la lumière sur ses tendances les plus sournoises contribuera à ce que de nombreux humanistes, spontanés ou naïfs, révisent leurs conceptions et le sens de leur pratique sociale.

VI. Les fronts d’action humanistes.

L’Humanisme organise des fronts d’action dans les domaines du travail, du logement, des syndicats, de la politique et de la culture avec l’intention d’assumer de plus en plus le caractère de mouvement social. En procédant ainsi, il crée les conditions d’insertion pour les différentes forces, groupes et individus progressistes, sans que ceux-ci ne perdent leur identité ni leurs caractéristiques propres. L’objectif de ce mouvement consiste à promouvoir l’union des forces capables d’exercer une influence croissante au sein de vastes couches de la population, en orientant par son action la transformation sociale.

Les humanistes ne sont pas naïfs et ne se gargarisent pas de déclarations propres aux époques romantiques. Dans ce sens, ils ne considèrent pas leurs propositions comme l’expression la plus avancée de la conscience sociale, ils ne pensent pas non plus à leur organisation en termes indiscutables. Les humanistes ne feignent pas d’être les représentants des majorités. En tous cas, ils agissent en accord avec ce qui leur paraît le plus juste, visant les transformations qu’ils croient les plus appropriées et les plus réalisables, dans le moment qu’ils vivent.

 

Ce document est un extrait du livre Lettres à mes amis.

                  Copyright © 1991-4 Silo

                  Copyright © 1994 Editions Références pour la traduction française. ISBN 2-910649-00-8

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QU'EST CE QUE LE MOUVEMENT HUMANISTE AUJOURD'HUI ?

 Peut être un refuge face à cette crise générale du système dans lequel nous vivons ? Ce serait, peut être, une critique soutenue à un monde qui se déshumanise jour après jour ? Ce serait un nouveau langage, un nouveau paradigme, une nouvelle interprétation du monde et un nouveau paysage ? Représentera it-il un courant idéologique ou politique ; une nouvelle esthétique, une nouvelle échelle de valeurs ? Consisterait-il en une nouvelle spiritualité, en une nouvelle action destinée à faire ressortir la subjectivité et la diversité dans les actions concrètes ? Le mouvement serait-il l'expression d'une lutte en faveur des dépossédés, des abandonnés et des persécutés ? Serait-il la manifestation de ceux qui ressentent comme monstrueux que tous les êtres humains n'aient pas les mêmes droits, ni les mêmes chances ?

 Le Mouvement, c'est tout cela et beaucoup plus. C'est l'expression pratique de l'idéal d'humaniser la terre et de se diriger vers une Nation Humaine Universelle. C'est le germe d'une nouvelle culture dans cette civilisation planétaire qui doit changer de cap, en considérant et en valorisant les diversités, et en donnant à tout être humain les mêmes droits et les mêmes chances, de par la dignité qu'il mérite, par le simple fait de naître.

 Le Mouvement Humaniste est la manifestation externe des changements profonds qui sont en train de s'opérer à l'intérieur de l'être humain et qui sont l'histoire même: tragique, déconcertante, mais toujours en croissance. C'est une voix faible précurseuse des temps qui sont au-delà de l'être humain que nous avons connu. C'est une poésie et un arc-en-ciel multicolore. C'est un David face à un insolent Goliath. C'est la douceur de l'eau face à la dureté de la roche. C'est la force du faible: un paradoxe et un Destin.

 Mes amis, même si nous n'arrivons pas immédiatement aux résultats espérés, cette graine existe déjà et attend l'arrivée des temps futurs.

 Pour tous et de coeur à coeur, (je vous souhaite) le fervent désir de changement social qui s'approche et l'espoir du silencieux changement qui, au-delà de toute compulsion, au-delà de toute impatience, au-delà de toute aspiration violente, au-delà de toute culpabilité et de tout sentiment d'échec, se niche déjà dans la profondeur intime de nombreux humanistes.

 SILO, Bueno Aires, 1998 


POINT DE VUE SUR LA SITUATION ACTUELLE

Aujourd'hui l'être humain s'est développé et se sent étouffé par un système de société qui réduit gravement sa liberté et qui le traite mal partout. Tout est organisé autour de l'argent. Les directions politiques obéissent au capital mondial et aux multinationales et mettent en place des mesures qui asphyxient l'être humain, réduisant par ce fait sa liberté et sa dignité en une simple expression. Ce système nous amène à une violence croissante dans toutes ses expressions: physique (torture, guerre, terrorisme, etc.), économique (exploitation, pauvreté, misère, etc.), raciale (racisme, tribalisme, conflits ethniques), religieuse (fanatisme, discrimination religieuse) et sexuelle (discrimination de la femme). Le non-sens caractérise la société actuelle dans laquelle l'humain n'occupe qu'une place secondaire. L'individualisme et la lutte pour la propre survie génèrent un manque alarmant de solidarité et une perte de confiance entre les personnes jusque dans les familles. Pendant qu'une minorité vit chaque jour dans l'opulence, la majorité des peuples savent plus de quoi vivre. Mais l'argument selon lequel tout est entre les mains d'un système infiniment puissant et violent, au lieu d'être un motif d'acceptation de notre condition d'êtres humiliés et soumis, doit se transformer en un stimulus fondamental pour changer l'état des choses publiques.

QU'ES CE QUE C'EST LE MOUVEMENT HUMANISTE

Nous sommes des gens volontaires de cultures et de pays différents, qui s'organisent, grandissent et se renforcent ensemble pour faire avancer les grands changements qui apparaissent à l'horizon, pour les diriger vers une société vraiment humaine. Le Mouvement Humaniste est l'expression pratique de l'idéal d'humaniser la terre et de construire une nation humaine universelle, dans laquelle tout être humain a les mêmes droits et les mêmes chances pour le simple fait d'être né comme être humain.

QU'ES CE QUE LE MOUVEMENT HUMANISTE N'EST PAS

Le Mouvement Humaniste n'est pas une institution, ni une ONG, ni un parti politique, ni une religion ou une secte. Il n'a pas des fonds et pas d'argent et il n'est pas une organisation humanitaire. Tous les membres s'engagent volontairement, le Mouvement n'est donc pas un employeur.

ORIGINE

Le Mouvement Humaniste fut fondé vers la fin des années soixante par Mario Rodriguez Cobos, connu sous le nom de Silo, un penseur argentin, écrivain et protagoniste du Nouvel Humanisme. Depuis ce temps le Mouvement Humaniste s'étend actuellement dans 68 pays sur tous les 5 continents.

PROPOSITIONS CENTRALES DU NOUVEL HUMANISME

En simplifiant au maximum les propositions les plus générales du Mouvement Humaniste, nous pourrions dire que celui-ci favorise :

 1.      Le positionnement de l'être humain en tant que valeur et préoccupation centrale, de telle sorte que rien ne soit au-dessus de l'être humain, ni qu'un autre être humain soit au-dessus d'un autre.

2.      Il affirme l'égalité de toutes les personnes et par conséquent, il travaille pour le dépassement de l'égalité formelle des droits devant la loi, pour avancer vers un monde d'égalité des chances pour tous.

3.      Il reconnaît la diversité personnelle et culturelle et par conséquent affirme les caractéristiques propres de chaque peuple en condamnant toute discrimination qui est réalisée à cause des différences économiques, raciales, ethniques ou culturelles.

4.      En quatrième lieu, il appui toute tendance au développement de la connaissance au-delà des limites imposées à la pensée par les préjugés acceptés comme vérités absolues ou immuables.

5.      En cinquième lieu, il affirme la liberté des idées etdes croyances et

6.      Il rejette toutes formes de violence, qu'elle soit physique, économique, raciale, religieuse, morale ou psychologique comme des faits quotidiens enracinés dans toutes les régions de la planète...

 En même temps ces propositions finissent par former un style de vie et un mode de relations de la plus haute valeur morale, pouvant s'exprimer dans la phrase "traite les autres comme tu veux qu'ils te traitent’’

ACTIVITES

Les Humanistes travaillent simultanément pour le développement personnel et la transformation sociale. Les travaux personnels ont pour objectif de faciliter la découverte et le renforcement du sens de la vie et d'atteindre des changements positifs dans sa conduite quotidienne. Le travail personnel permet à chaque participant de renforcer une direction cohérente dans sa vie: penser, sentir et agir dans la même direction. Dans l'activité sociale nous développons des fronts d'action: Des locaux et des journaux de quartier, des radios et télés, des clubs Humanistes de tout genre, des centres de cultures et aussi notre canal d'expression politique. En fait, l'humanisme s'exprime dans toute activité nécessaire pour valoriser l'être humain dans son milieu. Nous développons des projets concrets dans les domaines de l'éducation, de la santé et de la qualité de vie, et tous ces projets se basent sur l'auto­organisation, l'autofinancement et le travail humain.

ORGANISATION

Les membres s'engagent en accord avec leurs propres aspirations comme des membres adhérents ou dans la structure du Mouvement Humaniste. Les adhérents ne prennent aucun engagement, alors que les membres de la structure participent dans les cotisations semestrielles pour l'auto­financement du Mouvement.

PROPOSITION

L'activité centrale du moment est l'élargissement de l'organisation humaine et un renforcement des actions sociales. C'est à chacun d'entre nous de prendre la situation en charge, afin de donner à nos quartiers, à nos villes et à nos pays une direction authentiquement humaine. Une nouvelle civilisation est en train de naître, la première civilisation planétaire de l'histoire humaine. Chacun saura s'il décide ou non d'accompagner ce changement et chacun comprendra s'il cherche ou non un renouvellement profond de sa propre vie

 


La Globalisation: Une Menace à la Diversité Culturelle ?

Une présentation par le Dr. Salvatore Puledda

27 janvier 2000

Faculté de Travail Social de l’Université de Hunter

Ville de New York

Bonsoir. Je veux remercier les autorités académiques de l’Université de Hunter et le Centre Humaniste des Cultures de m’avoir invité à parler ici aujourd’hui. Le thème de mon discours sera la globalisation, un terme dont on a beaucoup parlé récemment, et dans divers milieux. La globalisation se présente généralement comme un processus accéléré d’interaction économique entre pays et cultures, monté sur un grand appareil de technologies modernes de communication. Dans une perspective généralement optimiste, on dit qu’à travers la globalisation, le progrès et la richesse parviendront aux pays les plus arriérés, et que la qualité de la vie augmentera de toutes parts et pour tous.

La globalisation se présente aussi comme un processus naturel, dans le sens qu’il obéit aux lois naturelles de l’économie de marché. Cependant, devant les résultats possibles d’un tel processus, surgissent quelques peurs de tréfonds, une sorte d’anxiété.

Ces peurs semblent être liées à trois points :

a)      Le processus est perçu comme trop grand, trop rapide et hors de contrôle de la citoyenneté;

b)      Pour le citoyen moyen, la globalisation implique d’ouvrir les portes au monde, et par conséquent aux problèmes du monde, problèmes qui quelques fois sont le résultat de histoires grandes et compliquées, difficiles à comprendre. En étant conscients de ces problèmes, les gens craignent qu’ils se sentiront responsables de les résoudre.

c)      L’échange d’objets, de personnes et d’idées crée une situation de confusion générale dans laquelle on expérimente la perte des références traditionnelles, c’est à dire, la perte de ce qu’ils appellent l’identité culturelle.

Ceci sont quelques unes des préoccupations qui circulent en ce moment, et auxquelles nous essayerons de répondre en accord avec la perspective du Mouvement Humaniste. Cette perspective peut paraître radicalement différente à celle que présentent journellement les médias. Mais avant de continuer, il sera nécessaire de définir quelques uns des concepts que nous allons discuter, puisqu’ils sont souvent présentés de façon diffuse et vague. En particulier, nous essayerons de clarifier la nature du processus de globalisation et nous développerons un contexte approprié pour comprendre le concept d’identité culturelle.

Pour commencer, nous dirons que le processus de globalisation n’est, en aucune manière, un processus naturel, c’est à dire, un processus qui se développe en fonction de certaines lois naturelles comme les lois du marché, tel qu’on l’explique généralement. Ces lois naturelles du marché n’existent pas et n’existeront jamais parce que l’économie, comme toute autre activité humaine, est quelque chose d’intentionnel, de guidé, comme l’expression d’un modèle économique qui véhicule une idéologie spécifique et une vision du monde. Cette idéologie a un nom, elle s’appelle le capitalisme spéculatif, c’est à dire, le capitalisme dans sa phase la plus récente de développement, dans laquelle l’expansion de l’économie n’est pas liée à la production mais au marché financier spéculatif. Pour le dire plus simplement, nous sommes en train de parler de l’idéologie de faire de l’argent avec l’argent, et au niveau culturel, de la religion de l’argent.

A l’avant-garde de cette idéologie, il y avait les corporations multinationales et les banques. Ce sont des institutions intrinsèquement transnationales, et elles ne sont pas nécessairement liées à un pays en particulier, même quand beaucoup d’entre elles ont leurs racines en Occident. Depuis que ce processus a commencé au siècle dernier, ces structures n’ont pas arrêté l’expansion de leur influence dans chaque recoin du monde, et ont concentré leur pouvoir à travers des acquisitions et des fusions étonnamment rapides. L’augmentation de leur pouvoir est directement lié à la perte d’autorité et de légitimité des états nationaux, un phénomène caractéristique de la seconde moitié du siècle passé. Ces multinationales et ces banques ont essayé de dépasser et de transcender les barrières et les restrictions imposées par les états nationaux, et en faisant cela, elles ont créé une sorte d’état parallèle avec ses propres règles et procédés. Cet état parallèle a atteint un niveau incroyable de pouvoir. Le capital peut aujourd’hui s’écouler d’un pays à l’autre en une seconde, et les pays les plus puissants, y compris les blocs régionaux reconnaissent leur incapacité à le contrôler.

Pour donner un exemple récent, l’Union Européenne qui se compose de 15 états membres est actuellement le bloc économique le plus grand du monde. Dans sa dernière réunion bi-annuelle à Helsinki, en Décembre 1999, un thème de discussion fut comment payer les programmes d’aide sociale des pays membres. A cause des restrictions auto imposées de contrôle du déficit, l’argent devait provenir d’entrées d’un type. On proposa un impôt sur les bénéfices du capital des citoyens européens qui investiront dans la bourse de Londres. Les autorités britanniques s’y refusèrent, expliquant qu’un tel impôt aurait pour conséquence la fuite du capital de Londres aux autres marchés. Ainsi il s’est produit un bouchon entre la Grande Bretagne et le reste des pays membres de l’Union Européenne, qui continue encore sans être résolu. Ce qui est évident dans cette situation, c’est que le bloc économique le plus grand du monde, n’est pas capable de percevoir des impôts sur ses citoyens les plus riches – ceux qui peuvent mener le jeu de la spéculation dans le marché financier. Pour cette raison, nous voyons une diminution mondiale des budgets de la santé, l’éducation, les pensions et les autres formes d’assistance publique. Il semble qu’aucun pays ne puisse dompter ce monstre sans contrôle qu’est le capital spéculatif.

En plus de leurs propres règles, les multinationales et les banques qui dirigent ce processus de globalisation ont leur propre culture, qui est articulée comme un système de valeurs et de conduites. Cette culture se reproduit à travers les écoles et les médias, gourous et prophètes, qui nous expliquent tous les jours que l’unique valeur est l’argent : l’argent est recherché, multiplié et adoré, l’argent est l’unique dieu et par conséquent ceci justifie tout. Ils continuent à parler d’autres valeurs – égalité, opportunité, démocratie – mais sous cette épaisse cape d’hypocrisie, le message continue en étant le même : l’argent est l’unique valeur réelle. Même les plus pauvres de la population sont affectés par cette culture : ils croient que l’argent est la seule défense contre les dures réalités de la vie quotidienne, et ainsi ils orientent leur vie dans cette direction. Qui veut être millionnaire? Tout le monde.

A ce point de mon discours, je veux éclaircir que la pauvreté n’est pas une valeur pour nous. En dénonçant le culte de l’argent, nous ne sommes pas en train de peindre un cadre romantique de la pauvreté, ni de promouvoir un style de vie ascétique. Bien au contraire. Nous voulons simplement mettre l’accent sur le fait que le problème fondamental de l’économie au jour d’aujourd’hui, n’est pas la production de la richesse, mais sa distribution. Au niveau mondial, nous avons une énorme capacité productive et un fort excédent, mais la richesse est concentrée fondamentalement entre les mains d’un petit nombre. L’argent va vers l’argent, et la distance entre les plus riches et les plus pauvres augmente chaque jour. Tous, nous savons que dans ce moment historique, il existe la possibilité technique de pourvoir en alimentation, logement, attention médicale et conditions de vie décentes toute la population de la planète. Si ceci ne se donne pas, c’est parce que le processus de globalisation n’est pas dirigé vers la solution de ces problèmes, mais vers l’augmentation du pouvoir et de la richesse de quelques uns.

Je veux aussi faire ressortir deux institutions internationales qui ont eu une responsabilité fondamentale dans l’expansion de ce processus de globalisation : le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale. Pour rivaliser dans cette économie globale, les pays sont pressés d’avoir recours à des crédits énormes à travers ces organisations. Dans la mesure où le taux d’intérêt de ces crédits s’accumule, l’Etat se voit forcé de vendre les ressources du pays : ses compagnies, ses terres, ses ressources naturelles, jusqu’à ce que l’infrastructure du pays ne soit plus contrôlée par le peuple, mais par des institutions et des individus étrangers. Plus de deux cent pays utilisent au jour d’aujourd’hui, le dollar comme leur monnaie nationale, renonçant de cette façon à leur capacité de réguler leur propre économie. Des générations ont travaillé très dur pour construire quelque chose qui aujourd’hui est détruit en quelques mois. Nous en avons vu beaucoup d’exemples récemment : Mexique, Thaïlande et Amérique du Sud. L’argent s’écoule vers un pays si on pense qu’on peut y gagner quelque chose, mais quand l’argent s’en va, l’économie du pays souffre d’un collapsus sans considération aucune pour ceux qui en sont affectés.

Ce modèle de globalisation s’est convertit en modèle de vie réussie, un modèle qui se diffuse jusqu’aux endroits les plus reculés du globe. Et, à mesure qu’il se diffuse, l’idéologie de l’argent, la compétition et l’individualisme avancent avec lui. L’être humain, l’environnement, les cultures, sont tous considérés comme des aspects secondaires qui peuvent être utilisés ou détruits s’ils deviennent un frein à ce processus, dont la force augmente par la croyance générale qu’il n’existe pas d’autre alternative.

Cette idéologie d’exportation  produit aujourd’hui des chocs avec de nombreuses cultures dans le monde, spécialement celles qui étaient structurées autour de la famille ou des croyances religieuses. Ces cultures élèvent des murs entres elles et le reste du monde parce qu’elles ne veulent pas s’intégrer à ce modèle de vie, qui n’est pas perçu comme un choix pour elles. Ceci arrive dans une certaine mesure, ici, dans ce pays aussi, où l’intégration vue dans les moments antérieurs – le modèle “melting-pot” – n’est pas souhaité pour de nombreux nouveaux immigrants. Dans ces cas, l’imposition de ce modèle unique ha commencé à produire des réactions qui s’expriment sous forme violente et irrationnelle. Il n’y a aucune raison de croire que ces explosions vont diminuer, tout au contraire, elles augmenteront en taille et en nombre à mesure que la pression vers le conformisme augmente. Elles apparaîtront aussi dans ce pays, comme l’ont démontré les récents événements à Seattle contre l’Organisation Mondiale du Commerce.

L’autre problème que nous rencontrons, c’est que les cultures, dans la mesure où elles sont forcées à se défendre, finissent par se défendre en tout – même leurs aspects secondaires ou négatifs. Aussitôt après se forme une sorte de “fondamentalisme culturel” où tout ce qui est externe à la culture est rejeté, où seul le propre style de vie et la propre religion sont autorisés (validés).

Je veux clarifier dans ce point, que nous ne voyons pas ce processus de globalisation comme quelque chose d’uniquement négatif. Ce dont nous nous sommes reconnaissants, c’est que ce processus nous ait amené à un point où tous les pays et toutes les cultures convergent pour la première fois. Ce processus a permis un niveau d’interaction entre les gens qui ne pouvait pas être conçu. Il a généré des opportunités pour échanger des idées, des croyances et des modèles culturels. Il a aussi démontré que les différences entre les gens sont insignifiantes en comparaison avec les expériences et les aspirations qu’ils ont en commun.

J’essayerai maintenant de clarifier ce que je veux dire de ce diffus concept “d’identité”. Normalement on croit que l’identité personnelle ou culturelle se réfère seulement au passé, que c’est un reflet de l’accumulation historique d’expériences vécues par une personne ou une communauté. C’est comme si des couches d’expériences s’accumulèrent et se déposèrent, et ceci formerait l’identité. Cette croyance est dérivée d’une autre, plus générale, de la passivité de la conscience humaine, où la conscience est conçue comme un sorte de miroir qui simplement reflète le monde. En réalité, les choses ne sont pas ainsi. Si nous nous regardons nous mêmes, nous verrons que dans les moments les plus importants de nos vies, nous faisons une corrélation, une liaison entre nos expériences passées et l’idée d’un projet personnel futur. Cette image du futur – qui nous voulons être – a une influence permanente dans nos actions dans le présent. Cette image que nous formons du futur est aussi importante que notre passé dans la création de notre identité personnelle. Non seulement nous sommes ce que nous avons fait, ou ce qu’on nous a fait, mais nous sommes aussi nos projets, nos désirs, nos aspirations.

La même dynamique est applicable à un peuple, et dans ce cas, nous parlons d’identité culturelle. L’identité culturelle n’est pas simplement l’accumulation d’idées, de coutumes, d’idiomes, de façons de manger et de s’habiller, que nous ont transmis les générations antérieures, c’est aussi ce que la culture choisit de faire avec ces choses à un moment de son histoire. C’est le projet qu’elle se donne à elle-même.

Ceci est particulièrement certain pour les cultures anciennes. Par exemple, comment se définie la culture indienne avec ses millénaires d’années d’histoire ? Sur quel type d’héritage se baserait-elle ? Se référerait-elle aux Vedas ( ?), au Vedanta ( ?), au Bouddhisme, à Gandhi, à la bombe atomique ? A chaque moment de son histoire, une culture est obligée de prendre de son passé ce qui lui sera le plus utile pour son projet. En résumé, l’identité culturelle est le projet qu’un peuple crée pour le futur, extrayant les éléments particuliers de son passé. Ce n’est pas quelque chose de passif comme le contenu d’un sac, mais quelque chose que continuellement nous recréons pour relever le défi que nous présente le moment actuel. Il y a toujours choix. Il y a toujours une sélection. Il y a toujours liberté.

Nous pouvons aussi reconnaître que dans la vie d’individus et de cultures, il y a des expériences autant positives que négatives, qui font partie de son héritage culturel. Une personne ou un peuple peuvent choisir un projet qui élimine ou neutralise les expériences négatives et renforcent les positives. Est-ce que nous voulons, nous italiens, traîner dans le nouveau millénaire la tragique expérience de la Mafia ? Ou est-ce que nous voulons faire un choix conscient pour changer ce comportement social négatif ? Ce choix nous permet de distinguer entre une identité mécanique, créée par le fait de reproduire automatiquement les éléments de notre culture sans pensée ni réflexion ; et une identité intentionnelle, formée par le choix de quelques aspects que nous estimons être de la plus haute valeur pour le futur.

Ce processus de globalisation s’accélère rapidement, et bientôt nous nous retrouverons coude à coude, culture côte à côte, regardant de l’avant pour le première fois vers un futur commun. Ce futur n’appartient à aucune culture en particulier, mais il doit être un projet partagé qui permette l’inclusion de tous. A ce moment surgit la question : Qu’essayerons-nous ensemble au troisième millénaire ? Chaque culture sera appelée à réfléchir, à faire l’examen de son passé et à identifier quelles sont ses qualités, ses expériences et ses traditions les plus précieuses pour elle-même et pour les autres de cette planète.

Ayant défini et éclairci notre position par rapport à la globalisation et à l’identité culturelle, je voudrais maintenant terminer en commentant brièvement les propositions et les activités du Mouvement Humaniste en relation avec ces thèmes.

En contraste avec le processus destructif de globalisation qui est dirigé par les banques et les multinationales, le Mouvement Humaniste est engagé depuis 30 ans à travailler à la création d’une Nation Humaine Universelle, dans laquelle les différences culturelles sont considérées comme une valeur et non comme quelque chose qui doit être marginalisé ou éliminé. La Nation Humaine Universelle serait l’expression de la première civilisation planétaire qu’aient vu les êtres humains, et surgira du cœur des hommes et non de leurs leaders. Chaque culture devra contribuer à cette civilisation par quelques unes de ses expériences, faisant partie d’un projet majeur et inclusif. Je voudrais répéter à nouveau que nous ne voulons pas de quelque chose d’homogène – comme Mc Donalds et des yuppies de toutes parts. Le développement d’un projet commun ne demande pas que les gens renoncent aux particularités de leurs cultures. Au contraire, nous voyons ces particularités, cette diversité, comme des qualités et des ressources dont il faut profiter, comme un projet commun entre individus qui incorpore les talents et les points de vue de ses membres.

A la base du travail du Centre Humaniste des Cultures, il y a cette question : Quelle contribution fera chaque culture au projet commun de la Nation Humaine Universelle ? Elles apporteront la frustration, la discrimination, les guerres et la violence qui caractérise quelques moments de leur passé ? Ou elles chercheront ce que nous appelons les moments humanistes de leurs cultures, ces moments dans lesquels l’être humain fut considéré comme la valeur la plus importante, dans lesquels la paix et la coopération entre des groupes différents furent considérés comme fondamentaux, dans lesquels on rejetait la violence comme le pire ennemi de l’humanité, dans lesquels toutes les croyances religieuses, incluant l’athéisme, furent respectées, et dans lesquels la science et les nouvelles idées furent développées pour diminuer la douleur et la souffrance des êtres humains ? Toutes les grandes cultures de la planète ont eu des moments humanistes dans leur histoire, et c’est à ceux-ci qu’il faut faire appel dans ce moment si spécial et si critique de la civilisation.

Pour conclure, je dirais que vous êtes dans une situation sans parallèle pour continuer cette discussion, puisque New York est de nombreuses manières, un mini modèle de la globalisation qui se produit sur la planète. Vivant ensemble ici, il y a des gens de tous les pays, cultures et religions du monde. Le travail qui peut se réaliser ici aura des répercutions bien au-delà des limites géographiques de la ville. La tâche de tous les Centres des Cultures – de fait, la tâche de nous tous – est d’aider les gens à prendre conscience que leurs différences culturelles peuvent être quelque chose de précieux, que c’est l’être humain et non l’argent la valeur la plus importante, que la solidarité est plus importante que la compétition. Tout ceci peut résonner pour beaucoup comme un rêve utopique, spécialement quand nous marchons sous les grands gratte-ciel et que, comme des fourmis insignifiantes, nous regardons les lieux élevés depuis lesquels les puissants dirigent ce processus destructif de globalisation. Mais nous devrions toujours nous souvenir que ces fourmis insignifiantes représentent 90% de l’humanité.

Merci de votre attention.